Hello !
c’est Fleur Hana ^^
Bienvenue dans mon univers!
J’écris des romances depuis 2010, et aujourd’hui je te propose de les découvrir, de trouver tes histoires préférées et de faire partie d’une communauté géniale de lectrices!
Bonne lecture 🙂
Il n’y a pas de plus grande agonie que de porter
en soi une histoire non racontée.

Maya Angelou

Découvre mes univers de romance
Il y a autant de romances que de lectrices…

Choisis ta prochaine lecture avec un quiz!

À chaque univers ses titres phares

Biker
Blade
Il y a les cicatrices qu’on voit… et celles qu’on dissimule. ***Hannah*** Un instant, je réalise à quel point je suis chanceuse d’être si bien entourée par cette immense famille. Et celui d’après, je me rappelle qu’un trou béant creuse ma poitrine et qu’il m’a rejetée. Les émotions que ce constat réveille se bousculent en moi sans délicatesse, m’empêchant de me décider sur une question pourtant très simple. Suis-je heureuse ? ***Blade*** Quand je suis près d’elle, je ne raisonne plus. J’y vais à l’instinct. C’est ça qui m’a incité à la repousser. Mais la vie sans elle ? J’essaie...
Chick lit & Romcom
Cupcakes & Co(caïne) – T.1
La folie douce d'une comédie gourmande et sexy Charlotte, dite Charlie, avait un objectif dans la vie : faire prospérer sa boutique de cupcakes. Quelle était la probabilité qu’elle se retrouve poursuivie par la mafia russe avec pour seule protection un flic sexy mais pas franchement aimable ? Avec ce duo qui fait des étincelles, Fleur Hana nous régale d’hilarantes joutes verbales. Sous le soleil de la Côte d’Azur, ce cocktail explosif de romance, d’action et d’humour est irrésistible ! Marque-page du livre OFFERT pour l'achat du broché depuis ce site.   
Contemporaine
Seconde Chance – T.1
Partir est plus facile que revenir… ***Lise*** J’ai l’impression de revenir sur les lieux du crime… Ça ferait un scénario digne des téléfilms de l’après-midi : elle quitte son petit ami follement amoureux d’elle, part à des centaines de kilomètres, réalise qu’elle l’aime toujours, passe à côté de sa vie et revient dix ans plus tard, pas pour lui, mais est toujours amoureuse. Ah, oui… c’est douloureux de résumer ma vie en une phrase, mais tellement conforme à la réalité que je pourrais sûrement écrire un mauvais guide, à défaut de faire fortune à la télé. Comment piétiner son propre
Imaginaire
Eliza Knox – T.1
Depuis que Dieu est mort c’est la merde, et ça ne risque pas de s’arranger. Trois siècles à faucher des âmes en solo pour Lucifer, et ma seule récompense est de me coltiner un (boulet) de stagiaire. En bonus, un titre (foireux) d’ambassadrice me tombe dessus pour représenter l'Enfer à San Francisco. Ça m'apprendra à tourner le dos aux péchés capitaux ! Cerise sur le gâteau (de mon désespoir), des (abrutis) de métamorphes disparaissent dès mon premier jour. Ma mission ? Maintenir l’équilibre cosmique... (et accessoirement ma santé mentale). En plus, j’ai même pas prié que les anges se sont
Contemporaine
On comptera les étoiles
Nous avons tous une bonne étoile, encore faut-il la trouver... Lycéenne solitaire et réservée, Amélia entretient toujours des liens très forts avec sa confidente, Maëva, malgré la distance qui les sépare. Elle ne souhaite qu'une chose : ne pas faire de vagues et s'acheminer discrètement jusqu'à la délivrance - le bac. Quand elle rencontre Samuel, elle ne s'attend pas à ce que le bassiste au coeur tendre bouleverse son existence. Prévenant, drôle et sécurisant, il l'amène peu à peu à s'ouvrir aux autres et à la vie. Toutefois, lorsque la jeune fille croise une connaissance du passé, tout bascule. Amélia
Livres
Ma Romance de Noël (Presque) Parfaite
Cher père Noël, je veux un amoureux, sinon rien ! Je rêve d'un Noël romantique, comme dans The Holiday ou Love Actually : une histoire d’amour et de flocons, avec un zeste de guirlandes lumineuses. Ce n’est pas si compliqué, non ? À croire que si, vu que l’an dernier, mon mec m’a larguée juste avant les fêtes ! Cette fois, pas question de me laisser abattre : j’aurai mon Noël parfait ! Et ni cette poule maléfique ni mon Écossais de patron sexy et tyrannique ne m’en empêcheront ! Pour ça, il me faut : Des décorations à gogo
Blade
Génération 2 - Tome 1

Blade est le premier tome de la seconde génération des Phoenix Ashes

Il peut se lire comme un one-shot. Il a une fin, même si certains éléments se poursuivent dans la suite de la série
Ordre de lecture

La première génération des Phoenix Ashes se compose de 3 novellas (histoires plus courtes que les romans). Ces novellas sont comme un bonus pour plonger dans les origines du club des Phoenix Ashes :
Tome 1 : Nath
Tome 2 : Elena
Tome 3 : Mia


La deuxième génération des Phoenix Ashes se compose de 6 tomes. La série est toujours en cours :
Tome 1 : Blade
Tome 2 : Ghost
Tome 3 : Sniper
Tome 4 ; Irish
Tome 5 : Hotshot (sortie en automne 2022)
Tome 6 : ??? (sortie en 2023)

Ci-après, découvre le 1er chapitre de cette série

Blade
Génération 2 - Tome 1
Prologue


J’entends mon prénom. Des cris. Des murmures. Tous ces sons me parviennent comme si j’étais sous l’eau. Je ne comprends pas. Je comprends tout. Je ne sais plus où se trouve la réalité. Quelqu’un me soutient. Si on me lâche, je tombe. Encore. Une main se pose sur mon épaule, je la repousse. J’essaie de me lever. On me retient. Rien n’a de sens. Des hurlements retentissent. Si fort. Tellement douloureux. Ma gorge me fait mal. Les cris viennent de moi ? Une plainte continue à m’en déchirer les cordes vocales. La sensation de me noyer à l’air libre. Mes doigts qui s’accrochent à quelque chose. Quelqu’un. Les genoux au sol, je me débats quand des bras m’entourent.

Chapitre 1
Hannah


– Hannah !
À peine un pied dans le club et déjà Eliott m’accueille chaleureusement. Son enthousiasme fait ressortir la culpabilité qu’il m’arrive de ressentir. Il ne me reproche rien, c’est moi.
– Eliott, comment vas-tu ?
Celui que je considère comme un oncle me serre dans ses bras et me tient ensuite devant lui, ses mains sur mes poignets.
– Je vieillis, et toi tu es devenue une femme sans que je m’en aperçoive. Hier, tu portais des couettes et tu grimpais sur mes épaules !
– Tu ne vieillis pas tant que ça ! Et l’époque où je pouvais monter sur ton dos remonte à quinze ans, maintenant !
Il secoue la tête en souriant d’un air navré, comme s’il ne réalisait pas que je ne suis plus une enfant. C’est ridicule, car nous nous sommes vus il y a un an, grand maximum. À moins que ça fasse un peu plus longtemps ? Je ne sais pas trop. Je regrette aussitôt de les laisser sans nouvelles. Mais j’ai fait un choix, et les raisons qui m’y ont poussée n’ont pas changé.
– Tu restes pour le week-end ?
– Non, juste la soirée. J’ai des cours à travailler.
– Ton père est tellement fier de toi ! Tu lui manques, princesse.

Je grimace, me sentant plus coupable encore de m’être éloignée. Et aussi, à cause du surnom que je n’ai jamais apprécié. Pour eux, c’est ce que je suis, la royauté du club. Peu importe la distance que je prends. Eliott attrape en riant sa petite-fille qui passe près de nous. Je l’observe quelques instants en souriant puis parcours la grande salle du regard. Je sais ce que je cherche. Souffrir. Le voir.
Dès que je suis entrée à la fac, j’ai cessé de participer à ces routines : les fêtes, les réunions, les barbecues. Je me contente à présent d’une soirée de temps en temps et mon plan était parfait, à un détail près : Blade. Il n’est même pas un membre des Hurricanes. Il n’aurait pas dû interférer dans l’objectif que je me suis fixé. Mais il réussit à foutre en l’air tout ce qui constitue à présent ma vie. En étant là, au club, une bière dans une main et la taille d’une des filles dans l’autre. Amanda, je crois. Je ne lui en veux pas, elle saisit une opportunité qui lui est offerte et Blade attire plus d’un regard féminin quand il est présent quelque part. Le mien, ça fait des années qu’il l’a capturé sans jamais y répondre. J’aurais pu accepter ce style de vie pour lui, je l’aurais fait sans une seconde d’hésitation. Tant pis pour lui, et pour moi, mais je m’applique à ne surtout pas manifester mon agacement face à son indifférence. Je ne suis pas stupide, je sais parfaitement comment ça fonctionne. Pour s’intéresser à moi, il faudrait qu’il passe par mon père et ça pourrait déclencher des problèmes. Seulement voilà, il ne l’a jamais fait : je n’en vaux pas la peine. Celui qui remuera ciel et terre pour moi gagnera le respect du président des Hurricanes et le droit de poser les mains sur moi. Sauf que mon père n’est pas arrivé à la tête de ce club en étant abordable et sympathique, alors ça ne se bouscule pas au portillon. Il peut l’être, sympathique, bien sûr : avec sa famille il est différent de l’homme qui dirige un des plus gros clubs de la côte ouest. En bref, mon intérêt pour le fils du vice-président des Phoenix Ashes n’a jamais suscité le sien. Alors pour m’éviter ce type de déception, je me suis émancipée

de cette vie et, mon père en moins dans le tableau, j’arrive à avoir quelques relations sociales normales.
Ce n’est pas ce que tu voulais, Hannah… La normalité t’ennuie.
– Un jour, il s’en voudra et réalisera qu’il est passé à côté d’une merveilleuse femme.
Ma mère entoure mes épaules de son bras tatoué. Je passe le mien autour de sa taille et la serre contre moi.
– Je crois qu’il n’aura jamais cette épiphanie, malheureusement.
– Et ce Thomas que tu as rencontré à la fac ?
– C’est un partenaire d’exposé. Faut voir le positif, je peux me concentrer sur mes études !
Je tourne le visage vers elle. On se ressemble, elle et moi, au point qu’en la regardant, j’ai une bonne idée de celle que je serai à son âge. L’encre en moins, les tatouages ne m’ont jamais tentée. Blondes presque platine, joues un peu rondes, grands yeux bleus et formes généreuses. On nous prend souvent pour des sœurs. J’ignore si je fais plus que mon âge ou elle moins que le sien, mais notre relation a évolué de mère-fille à mère-fille-meilleures-amies dès que j’ai eu 12 ans. Même en public, nous ne cachons pas notre complicité. Mon père s’étant retrouvé en prison pendant trois ans, nous nous sommes raccrochées l’une à l’autre parce que nous étions tout ce qu’il restait de notre famille, à ce moment. Ma mère et moi, on s’était fait une vie à deux qu’il a fallu déconstruire lorsqu’il est revenu vivre avec nous. Je ne déplore pas une seconde son retour, mais je reconnais que son absence est malgré tout parvenue à créer quelque chose de bon.
– Cette fille, Amanda, je crois ?
Ma mère hoche la tête sans quitter Blade des yeux, je continue :
– Elle est bien ?

– Elle est serviable, ne pose pas de questions, connaît les règles du jeu. Mais tu sais qu’il ne se passera rien de plus qu’une nuit, entre eux. Il reprend la route dans quelques jours, ma chérie.
C’est aussi ça qui a toujours joué contre nous, enfin, contre moi. Car pour être tout à fait honnête : il n’y a jamais eu de nous ailleurs que dans mes fantasmes. Mon imagination est tout ce qu’il me reste chaque fois qu’il retourne à Roseville, à huit heures de route de San Diego.
– Mes deux femmes préférées !
Mon père arrive vers nous en souriant, les bras ouverts, dans l’intention de nous serrer contre lui. Ce qu’il fait dès qu’il est à notre niveau. J’aime qu’il se foute de notre audience. Le seul endroit où il ne nous manifeste pas d’affection, c’est l’unique pièce où nous n’entrons jamais de toute façon ; la salle où se tiennent les réunions du club. La chapelle est réservée aux membres, personne d’autre ne peut y pénétrer, pas même nous. Mais ici, lors d’une soirée réunissant les Hurricanes et les autres bikers de passage comme Blade, il est mon père et le mari de ma mère avant d’être leur président. Ce sourire, nous sommes les seules à en profiter. Comme je le disais, il n’est pas devenu président d’un club de hors-la-loi en faisant dans le bon sentiment. Sa renommée dépasse les frontières des États-Unis et le seul sourire dont les autres bénéficient est celui qu’il leur offre avant que ça tourne mal. C’est en tout cas sa réputation. J’essaie de caser ça dans une boîte, au fond de mon esprit, dans un recoin sombre où mon éducation m’a appris à accepter la propre morale du MC.
– Et si on laissait les jeunes profiter de la suite de la nuit ?
Il s’adresse à ma mère en haussant les sourcils.
– Parle pour toi ! J’ai la jeunesse éternelle !
Il l’attrape dans ses bras et elle entoure sa taille de ses jambes alors qu’ils parlent plus bas. Je les pousse un peu plus loin de moi en riant :

– Je… je… Des années de thérapie ! Voilà ce que ça va vous coûter !
Ils rient de ma pudeur, mais enfin… mes parents ! Ils n’ont eu d’activité sexuelle que pour me concevoir, le reste ressemble à « la la la » dans ma tête.
– Sois prudente quand tu rentres, envoie-moi un SMS, d’accord ?
Je promets à ma mère de la prévenir de mon arrivée à l’appartement que je partage avec deux autres élèves de la fac. Mes parents m’embrassent et je les regarde partir en saluant tous ceux qu’ils croisent. Mon père a gagné le respect de ses membres il y a déjà bien longtemps, ils sont devenus la famille qu’il a choisie en plus de celle qu’il a fondée.
– Tu te fais rare.
Leslie est une des filles qui traînent au club depuis une éternité ; je n’étais pas née à son arrivée. C’est elle qui fait en sorte que tout se déroule bien. Ces mecs souvent crades et machos ont besoin que quelqu’un leur rappelle que, s’ils font la loi sur la route, le club ne tient debout au quotidien que grâce aux femmes. Et celle qui seconde ma mère dans cette mission, c’est Leslie.
Je l’attire à moi sans lui répondre. Elle désapprouve la distance que je mets entre nous, même si elle comprend mon besoin d’ailleurs. Je refuse de gâcher le peu de temps que je passe ici à me disputer avec elle.
– Tu restes pour la nuit ?
– Non, je passe voir Clara et je rentre.
Ma meilleure amie du lycée est déjà mariée et son fils a quelques mois. Elle s’est installée dans le coin et représente tout ce que je redoute : la routine. M’enliser dans le rôle de la mère de famille qui gère la popote et sert une bière à son mec quand il rentre du travail. Je ne devrais pas avoir ces pensées, mais j’ai vu trop d’épouses trompées au service de leur mari infidèle pour souhaiter cet avenir à qui que ce soit. À moi en particulier.

J’ai conscience que le microcosme des bikers n’est pas différent du reste du monde, d’ailleurs.
La proportion de connards est la même, peu importe le milieu. Disons que celui dans lequel j’ai grandi possède son autre lot d’inconvénients qui, ajoutés au reste, me donnent surtout envie d’assurer mon indépendance.
Comme à son habitude, Leslie me fait la mise à jour des potins du club. Rire avec elle est agréable. Mais au bout de quelques minutes seulement, elle file et part gérer un souci avec le stock de whisky, me laissant à nouveau seule. Pile quand le son de la musique augmente et que les décibels des voix l’imitent. C’est le moment pour moi de m’en aller. De soirée détendue et familiale, l’ambiance va glisser vers l’orgie. J’adresse un signe à quelques personnes assez sobres pour s’apercevoir de mon départ et m’avance vers la sortie. Avant de partir et de ne plus le voir pendant peut-être un an encore, je m’autorise un coup d’œil par-dessus mon épaule vers Blade. Je reste figée sur place en rencontrant ses yeux qui me fixent. Amanda lui parle, il hoche la tête, mais ne l’écoute pas vraiment. Toute son attention est focalisée sur moi. Une main sur la poignée, la tête inclinée vers lui, je reste sur pause en essayant de déchiffrer la façon dont il m’observe depuis l’autre côté du club. Quelqu’un passe devant lui, le lien est rompu, je m’échappe avant d’être tentée de rester et me ridiculiser.
L’air n’est pas spécialement frais, mais il suffit à me remettre les idées en place. Je n’ai pas bu, à part une bière en arrivant, heureusement car la tête me tourne déjà légèrement en analysant le comportement de Blade. C’est la première fois que je le surprends à m’observer, et je le regarde assez souvent lorsqu’il est là pour savoir que ce n’est pas dans ses habitudes. À sa dernière visite, je n’étais pas encore tout à fait majeure : est-ce que ça fait une différence pour lui ? Avant, je n’avais pas d’intérêt, maintenant je suis légalement… Quoi ? Je souris en me moquant de moi-même, coupant court à mes divagations.

Il n’est pas tellement plus vieux que moi, cinq ans, ce n’est rien. Je dois me faire une raison : il ne s’intéressera jamais à moi et mon âge n’y est pour rien.

J’arrive à ma voiture sur le parking du club. Je sors mes clefs, mais n’ai pas le temps de faire un autre geste que je suis brutalement poussée contre ma portière. L’air est expulsé d’un coup de mes poumons et la douleur irradie dans le haut de mon corps suite au choc et à la pression exercée dans mon dos pour me maintenir en place.

FIN de l'extrait
X
Cupcakes & Co(caïne) - Chapitre 1

– Roulez !
Je sursaute lorsque plusieurs choses se produisent en même temps :
1/ Un homme vient de monter dans ma voiture.
2/ Il a aboyé un ordre.
3/ Il tient une arme dans sa main.
Une vraie. Ou peut-être qu’elle ne l’est pas, mais dans le doute, je vais partir du principe qu’elle l’est.
– Démarrez et roulez, Charlotte !
4/ Il connaît mon prénom.
Une rapide analyse de la situation m’indique qu’il y a peu de chances que je parvienne à détacher ma ceinture, ouvrir ma portière, m’enfuir et trouver de l’aide avant qu’il n’ait le temps de me rattraper. Ou pire : d’utiliser son arme possiblement factice mais probablement authentique. La sagesse l’emportant sur la trouille, je mets le contact et sors ma Clio de sa place de parking. Je me trouve super zen. Je ne suis pas en train de paniquer ou de sentir l’hystérie monter en moi, non. Rien de tout ça. Méthode Coué. Car bien entendu, je suis au bord de la crise de nerfs. Je tourne au pas dans la rue qui mène à la nationale, prenant bêtement le chemin qui me ramène chez moi, étant donné qu’il ne m’a pas fourni plus de précisions. Sauf que ce serait stupide de lui dévoiler cette information, non ?
Un coup d’œil vers lui que j’espère subtil me permet de mieux distinguer ses traits. Oh non !
Dans les séries, ils disent toujours que si l’agresseur ne masque pas son visage, c’est qu’il se fiche d’être reconnu, puisqu’il a l’intention de tuer sa victime ! Une seconde… Mais je le connais ! C’est toutes ces fringues noires qui m’ont perturbée, il est plutôt casual d’habitude !

– Lionel ?
Il ne réagit pas. Pourtant je suis sûre que c’est lui ! Il vient plusieurs fois par semaine m’acheter des cupcakes. Jamais les mêmes, et en moins de deux mois il a réussi à tester les quarante-sept variétés que je propose de manière aléatoire dans ma pâtisserie.
– Vous êtes demeurée ?
Je sursaute à nouveau.
– Changez de route, on ne peut pas aller chez vous !
5/ Il sait où je vis.
Il va réduire mon espérance de vie s’il continue à ainsi malmener mon cœur !
Toujours obéissante, rapport à l’arme qu’il tient posée sur ses genoux, je bifurque et pratique un exercice de respiration que mon application de méditation Petit Bambou m’a enseignée. Ça ne fonctionne pas des masses quand j’essaie de méditer le soir au calme dans mon lit, autant dire que c’est peine perdue à l’heure actuelle.
– Lionel, je ne sais pas ce que vous pensez faire, mais je ne possède rien de valeur. Je suis endettée sur dix-huit ans pour mon commerce et mon appartement, je galère à me verser un salaire chaque mois et…
– Silence, je réfléchis.
OK. Mon argent ne l’intéresse pas, ce qui tombe bien puisque je n’en ai pas. Mais du coup… si ce n’est pas après mon pognon qu’il en a…
– J’ai de l’herpès génital !

Le silence qui suit ma déclaration est inquiétant. Est-ce qu’il va abandonner son intention de me violer ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit, non ? Un type me braque au moment où j’arrive sur mon lieu de travail et m’oblige à rouler sans but. Il cherche un bois où il pourra ensuite laisser mon corps ? Parce que si c’est le cas, nous n’allons pas du tout dans la bonne direction. Je le lui signale ou je fais comme si je n’avais pas parlé d’une MST imaginaire pour me débarrasser de mon agresseur ?
– Vous avez de l’herpès génital ? répète-t-il très calmement.
C’est le moment d’être intelligente, Charlotte, tu peux le faire. Car s’il est vraiment tordu, il y a des risques que cet aveu mensonger l’intéresse. Oh, et puis zut !
– Écoutez, le mieux est que je vous dépose ici et que nous oubliions toute cette histoire. Je ne porterai pas plainte et chacun retournera à sa petite vie.
– Je confirme, vous êtes demeurée. Un mec monte dans votre caisse, avec un flingue à la main, et vous envisagez de ne pas porter plainte ?
– Non, mais après, moi, je peux être arrangeante si vous me laissez tranquille. Vous n’avez peut-être pas pris vos médicaments, ce matin ?
Qu’est-ce que je raconte ? Bon sang, je ne suis pas blonde mais j’aurais le rôle dans n’importe quel film d’horreur. Je ne survivrais même pas aux 3 minutes de générique de début !
– Je suis en train de vous sauver les miches, Charlie, alors arrêtez de vous foutre de moi.
– Vous m’enlevez puis m’appelez par mon surnom comme si nous étions amis ? Vous êtes un grand malade !

– C’est vous qui me l’avez proposé.
– Oui ! Avant que vous vous pointiez dans ma voiture en braquant une arme pour m’obliger à démarrer !
– Je n’ai jamais braqué mon flingue sur vous.
– Bien sûr que si !
– Non, je le tiens posé sur mes genoux depuis l’instant où je suis monté.
– Je comprends, mais oui, bien sûr, ça fait toute la différence ! « Mesdames et messieurs les jurés, je ne vois pas à quel moment la plaignante a pu croire que j’en voulais à sa vie, je ne l’ai pas visée avec le canon de mon arme sur elle une seule fois. C’est un malentendu. »
Dans ma tête, j’entends le « TA TA » de New York, Police Judiciaire. Parce que je suis certainement en train de basculer dans la folie. Un client régulier de la cupcakerie m’enlève et je me refais la musique d’une série dans laquelle 90 % du casting de chaque épisode finit dans un sac mortuaire.
– Prenez l’autoroute, direction Nice.
Là, on va avoir un souci.
– Vous êtes sûr ? Parce que cette voiture n’est pas très résistante au-delà de 80 km/h.
– Roulez et bouclez-la ! Que je m’entende penser.
Mes mains se crispent sur le volant, mais je lui obéis. Partant du principe qu’il n’est pas mentalement équilibré, j’applique la doctrine « ne jamais contrarier un fou » et tâche de rationaliser. La bonne nouvelle est qu’il est vraisemblablement possible de dialoguer avec lui. Pour le moment, il ne m’a pas violentée et j’espère que ça va continuer comme ça, car je n’ai aucune résistance à la douleur. Je suis une chochotte et je l’assume. Mais je vais garder cette donnée secrète, ce serait idiot de lui fournir des munitions pour qu’il s’en serve contre moi.

Il commence à faire chaud dans l’habitacle, je n’ai bien entendu pas la climatisation dans ma vieille bagnole qui date d’un autre siècle. Même à l’allure où nous roulons une fois que je suis engagée sur l’A8, ouvrir les vitres est impensable : le toit serait fichu de s’envoler à cause de l’appel d’air. Le silence est au moins aussi pesant que la température de ce mois de juin étouffant. N’étant pas douée pour me taire – surtout quand je suis nerveuse, et je le suis de plus en plus –, je me risque à lui parler après presque dix minutes sans qu’aucun de nous ne se soit exprimé. Dans ces conditions, une éternité, en somme.
– Vous allez me tuer ?
Je ne suis pas certaine d’avoir envie de connaître la réponse, mais j’imagine qu’il y a des tas de choses que je pourrais dire pour l’en dissuader et j’aimerais avoir le temps de me préparer à le supplier d’épargner ma vie.
– Je vous ai dit que j’étais en train de vous sauver les miches. Pourquoi je me fatiguerais à le faire si c’était ensuite pour vous tuer ?
– Non, mais j’essaie de comprendre, pardonnez-moi d’être perturbée par la situation ! Ce n’est pas tous les matins qu’un fou furieux m’attend devant mon lieu de travail en me prenant pour un Uber ! Vous voulez un petit bonbon à la menthe, aussi ?
– Respirez, Charlie.
Sa voix se veut apaisante, mais il a toujours une arme, il est toujours habillé tout en noir comme s’il avait prévu un hold-up, et il a toujours l’intention de m’agresser d’une manière ou d’une autre. Alors j’avoue, j’ai du mal à calmer mon rythme cardiaque et à me rappeler que si je trépasse suite au manque d’oxygène, je n’aurai pas l’occasion de lui dire à quel point j’aime la vie ! Bien sûr, être à son compte dans une région où le prix du mètre carré est indécent suscite des tracas.

Bien sûr, il m’arrive de douter de ma décision d’avoir emménagé dans le coin pour y vendre mes cupcakes. Bien sûr, mon célibat me pèse et je vois mon entourage se caser alors que je passe le plus clair de mon temps à maintenir mon petit commerce à flot. Mais franchement, étant sur le point de mourir, tout ce qui me semblait jusqu’alors négatif dans mon existence prend des allures de défi. Faire fructifier mon entreprise m’a l’air d’être un objectif motivant. Implanter ma marque sur la Côte d’Azur et devenir une référence en matière de pâtisserie est réalisable en y mettant du mien. Développer mes relations sociales pour rencontrer des gens et potentiellement l’amour de ma vie ne m’apparaît pas aussi contraignant, tout d’un coup.
– Pourquoi vous faites ça ? J’ai toujours été gentille avec vous. Je vous compte systématiquement un cupcake de moins sur la note !
– J’ai remarqué et je vous remercie de cette attention.
– En m’enlevant pour m’assassiner et abandonner mon corps dans une forêt isolée où un joggeur finira par me retrouver d’ici quelques semaines dans un état de décomposition avancée ? C’est ça votre manière de me remercier ?
– Mais enfin, d’où sortez-vous toutes ces conneries ?
– Hein ? Vous êtes sérieux, Lionel ?
– Je ne suis pas un criminel, Charlotte, je suis flic et je ne m’appelle pas Lionel !

FIN de l'extrait
X
Seconde Chance
Collection Follow Me - Tome 1

Il s'agit d'une réédition, l'histoire est la même, seul le texte a été amélioré.
La série Follow Me se compose de 3 tomes compagnons, c'est à dire que chaque tome peut se lire indépendamment des autres.
Pour une meilleure expérience de lecture, il est préférable de les lire dans l'ordre, pour garder une totale surprise.

ORDRE DE LECTURE CONSEILLÉ
Follow Me : Seconde Chance (tome 1)
Follow Me : Nouvelle Chance (tome 2)
Follow Me : Dernière Chance (tome 3)
Avant
Ange


Elle a encore mis le live d’Alice in Chains.
Je l’observe écouter. Je pourrais la regarder pendant des heures. Juste elle, la musique et moi.
Elle sourit, les yeux fermés. Ses cils trop maquillés reposent sur ses joues comme deux éventails miniatures. Elle me tient la main dont elle caresse lentement le dos au rythme de la chanson, et pose la tête sur mon épaule quand les paroles de Nutshell démarrent. Je voudrais capturer cet instant, car cette perfection pourrait facilement m’échapper. Si ça devait arriver, je prélèverais ce moment pour le conserver en moi. Je l’aimerais à l’en user…
Chacune de ses respirations se calque sur un battement de mon cœur. Ou c’est son souffle qui hypnotise mon cœur ? Je regarde ses lèvres entrouvertes d’un léger étirement qui les quitte rarement. Dès que je l’ai vue sourire, ce jour-là, j’ai su.
Elle m’attire à elle pour qu’on s’allonge : ce rituel qu’on partage depuis des mois me sort de mes pensées. Sa main glisse le long de ma jambe, elle effleure l’intérieur de ma cuisse et je l’embrasse en la faisant basculer sur le dos. Ma langue s’immisce dans son sourire et caresse la sienne en suivant la musique, presque inconsciemment. Un frisson remonte ma colonne, comme chaque fois.

Plus que chaque fois. Avec la certitude que ça y est, je ne peux pas être plus heureux. Au-dessus d’elle, en appui sur les avant-bras, je pose les mains sur ses joues. Pour la garder près de moi. J’ai trop peur que ça s’arrête. Il n’est pas une parcelle de mon être qui ne soit en contact avec le sien. Elle ondule le bassin, sa façon de me recentrer quand elle croit que je m’éloigne. Je plonge les doigts dans ses cheveux étalés sur l’oreiller avant de prendre du recul. J’ai besoin de la regarder. J’ai toujours besoin de la regarder.
J’aime la voir dans mon lit.
J’aime qu’elle fasse partie de mon univers.
Je repousse une boucle auburn de son front. Elle ouvre ses grands yeux verts et me sourit tout en déboutonnant mon jean. Sa main m’entoure me faisant soupirer contre ses lèvres. Je dépose des baisers sur sa tempe, sa joue, le coin de sa bouche… Lorsqu’elle resserre ses doigts sur moi, j’appuie le front contre son épaule, en fermant les paupières pour mieux savourer les sensations qu’elle me procure.
Elle s’écarte, me déclenchant un manque irrationnel, se faufile hors du lit et fouille dans son sac de cours. Je l’attends allongé sur le dos, plus amoureux que tout à l’heure, cause perdue. Elle revient et dépose quelque chose dans ma main. Je regarde, à la fois étonné et rassuré.
– T’es sûre ?

Elle hoche la tête en souriant. Je l’attire plus près et l’embrasse. On se déshabille sans un mot, la musique continue de déverser ses notes dans ma chambre pendant que je prends mon temps.
Elle est mince, fragile, tellement fine qu’elle n’a pas besoin d’enfermer ses seins dans un soutien-gorge. Je sais qu’elle n’en porte jamais, mais je suis systématiquement surpris. J’effleure lentement sa poitrine, je veux que ce soit parfait pour elle. Je la caresse de mes doigts, mes lèvres, ma langue, mon souffle… Je me drogue de sa peau douce.
Je l’aime tellement que ça me fout parfois la trouille.
No Excuses démarre au moment où elle déroule maladroitement le préservatif avec des gestes hésitants. L’imperfection de ses mouvements intensifie ma certitude d’être précisément où je le dois. Elle me fixe, me sourit encore, et je prends lentement sa virginité. Très lentement. J’en apprécie chaque seconde tout en m’appliquant à effacer la légère crispation sur son visage. J’attends son soupir, celui qui me confirmera qu’elle est en confiance. Je ne prends pas, elle n’offre pas… on partage.
Elle gémit. De plaisir, enfin.
Elle place ses mains sur ma nuque et me ramène à elle. Elle m’embrasse et je jouis trop vite, trop fort, puis elle me serre dans ses bras.
Je saisis cet instant pour le ranger avec tous ces fragments d’elle et de nous qui donnent un sens à ma vie.
Sans elle, il me manque un bout de moi…

Neuf ans plus tard
Ange


– Lise ! Voldemort m’a dit que tu avais dû partir en urgence ! Je glisse les écouteurs dans mes oreilles afin de pouvoir discuter avec Loïc tout en travaillant. Oui, je suis une femme polyvalente.
– Je suis déjà chez Annabelle. Elle a fait une mauvaise chute et s’est cassé le col du fémur. Je vais l’aider à s’installer, prendre ses marques, tout ça.
– Oh, non… Tu l’embrasses de ma part, OK ?
– Bien sûr.
– Et ça va, toi ?
– Je gère, ne t’en fais pas, je le rassure en levant les yeux au ciel.
– Non, je veux dire… Tu vas sûrement le croiser.
– Je préfère ne pas y penser.
Presque une décennie hors de sa vie, et je suis à quelques pas de peut-être le revoir. Quelles sont les probabilités de se croiser ? Compte tenu du fait que ses parents vivent sur le même palier qu’Annabelle, elles sont plutôt élevées. Je n’ai jamais été très douée en mathématiques, mais même moi je comprends que les statistiques ne jouent pas en ma faveur.
Lorsque j’ai su que je devais retrouver mon amie, ma grand-mère de substitution, j’ai immédiatement pensé à Ange.

J’ai l’impression de revenir sur les lieux du crime… Ça ferait un scénario digne des téléfilms de l’après-midi : elle quitte son petit ami follement amoureux d’elle, part à des centaines de kilomètres, réalise qu’elle l’aime toujours, passe à côté de sa vie et revient dix ans plus tard, pas pour lui, mais est toujours amoureuse. Résumer ma vie en une phrase est douloureux, mais tellement conforme à la réalité que je pourrais sûrement écrire un mauvais guide, à défaut de faire fortune à la télé. Comment piétiner son propre cœur pour les nuls. On est bien contents que je ne me sois pas lancée dans une carrière marketing !
– Tu parles de lui tous les jours depuis qu’on se connaît, et là, tu vas réussir à ne pas y penser ?
J’ignore le sarcasme de Loïc. Il est en train d’anéantir mon plan pourtant parfait qui consistait à faire l’autruche, alors je le contre avec une détermination totalement feinte :
– Il ne vit plus chez ses parents, il y a donc peu de risques qu’on se voit.
– Oui, mais si ça arrive, tu m’appelles immédiatement !
– Pourquoi ?
– Je peux gérer tes crises de panique à distance, réplique-t-il comme si j’étais demeurée.
– Très drôle.
– Tu as besoin que je reprenne un de tes articles ? Quelque chose ? Dis-moi ce que je peux faire.

– Non, merci, ça ira, je suis en télétravail.
Ma phrase à peine terminée, j’entends Annabelle appeler.
– Je dois te laisser ! Sois sage, je te fais signe demain.
Je raccroche et sauvegarde mon travail avant d’aller retrouver ma plus vieille amie. Vieille parce qu’on se connaît depuis toujours, ou presque. Et puis bon, vieille aussi, car elle accuse 83 printemps. J’essaie de ne pas montrer mon inquiétude de la voir toute frêle dans ce grand lit médicalisé au milieu de sa chambre si élégante.
– Ah, Mademoiselle, pourriez-vous tourner le verrou, s’il vous plaît ? Mon amie va me rendre visite et j’ai peur qu’elle ne puisse pas entrer, elle ne possède que la clef du bas, vous comprenez.
– Quelle amie ?
– Lise, elle revient dans le Sud exprès pour moi, elle est adorable… Je ne sais pas ce que je ferais sans elle.
Il me faut quelques secondes pour réaliser qu’Annabelle ne plaisante pas et parle de moi, sans avoir conscience de ma présence dans la pièce. Enfin si, elle sait que quelqu’un est avec elle, sauf que…
– Annabelle, je suis déjà là, je murmure pour contrôler le tremblement de ma voix. Ses yeux semblent faire le point, comme si elle était partie dans ses pensées et qu’elle revenait dans le présent. Elle pose le regard partout, excepté sur moi, je m’approche pour la rassurer.
– Tout va bien, je suis là et l’infirmier va bientôt arriver.

– Le verrou…
Elle bredouille en s’agitant. Je ne l’ai jamais vue dans cet état.
– Je vais l’ouvrir, rassure-toi.
– Lise doit venir et… je…
– Je suis Lise, tu te souviens ? Je suis arrivée hier et on est rentrées tout à l’heure de l’hôpital. L’infirmier va venir vérifier tes pansements, d’accord ?
Elle hoche la tête, toujours confuse. Au moins autant que moi, même si j’essaie d’avoir l’air confiante pour ne pas l’affoler plus.
– Il faut ouvrir le verrou, Lise pourrait repartir en pensant qu’il n’y a personne, elle n’a pas la clef du haut…
– Je m’en occupe, ne t’inquiète pas.
Je lui tapote la main et m’échappe un instant de l’appartement, sur le palier. Je referme sans bruit pour qu’elle ne m’entende pas, puis m’adosse au mur en appuyant un poing sur ma bouche. Je sens les larmes rouler sur mes joues avant que le premier sanglot se manifeste.
Elle ne m’a pas reconnue.
Elle ne sait pas qui je suis.
Une boule dans la gorge m’empêche de respirer correctement. Je sais que je ne dois pas me laisser aller, mais elle ne m’a pas reconnue ! On se fréquente depuis mes 14 ans et elle n’a aucune idée de mon identité ! Je ferme les yeux pour retenir mes larmes plus facilement. Une grande respiration, et je me maîtrise à peu près. Quand j’estime être calmée, je me redresse et l’aperçois.

FIN de l'extrait
X
Eliza Knox

Veuillez rendre l'âme

Chapitre 1

Un vampire, une goule et un humain.
Ça pourrait être le début d’une blague de mauvais goût. C’est surtout l’histoire de ma vie et l’une des nombreuses missions d’une faucheuse. Pas de bol, c’est officiellement mon job. Et de manière plus globale, je suis damnée. Littéralement, ce n’est pas qu’une façon de parler. Mon devoir implique donc également de me préoccuper de ce type d’imprévus.
À l’angle du centre commercial de Westlake, derrière les chariots, deux raisons de ne pas passer mon chemin se partagent le corps sans vie d’un être plus tout à fait humain, pas encore devenu l’un des leurs. Ces créatures n’hésitent pas à s’allier pour ripailler, puis s’ignorent cordialement le reste du temps. Si au moins elles s’entretuaient et nous mâchaient le travail… au lieu de mastiquer un pauvre type. Ma dague bien en main, j’évalue mes options lorsque je sens une nouvelle présence à mes côtés. Fantastique. Tout ce qui manquait à mon début de soirée était un ange. Je jette un rapide coup d’œil dans sa direction et constate qu’elle n’en a pas après moi. Grande et élancée, ses cheveux noirs sont coupés court, au niveau de ses oreilles, et j’ai la vague impression d’être face à la version en chair et en os d’Olive, la femme de Popeye.

Le fait qu’elle ne me manifeste pas d’hostilité est assez louche pour me pousser à m’éloigner de cette fille, tout en focalisant mon attention sur les deux créatures aux visages couverts de sang. Et de bouts de cervelle. Miam. Rien de tel pour terminer une journée de travail que de se frotter à des fluides et matières corporels.
Normalement, ce n’est pas mon boulot de botter le cul des dégénérés tels que les goules et autres vampires. Il y a des damnés dont c’est l’occupation principale. Comme j’ai une chance phénoménale et que je n’ai pas encore atteint mon quota de catastrophes du jour, je suis tombée sur cette sympathique scène en rejoignant la porte de l’Enfer. Quand on trébuche sur une orgie pseudo-cannibale, il y a seulement deux façons de réagir : soit on se joint à la fête, soit on l’interrompt. N’étant pas très penchée sur le sang, la chair humaine et la substance cérébrale en guise de dîner, la décision a rapidement été prise et j’en étais donc à déterminer qui des demeurés j’allais tuer en premier quand l’ange s’est ajoutée à l’équation.
Troisième option, maintenant qu’Olive est là : je me tire ? Ou je l’aide ? À en juger par les picotements dans mes muscles, mon corps réclame cette dose d’adrénaline. OK, je reste.

Je fais craquer les os de mes doigts, plus pour attirer l’attention de mes adversaires que par nécessité. Parfait : la goule lâche son steak et avance vers moi. Son air ahuri m’indique qu’elle pense très fort « viande fraîche ». Je raffermis la prise de l’arme dans mon poing sans qu’elle ne se préoccupe de ce détail. C’est l’avantage avec les abominations dont l’unique objectif est de manger : à leurs yeux, je suis un gros hamburger, ce qui me garantit toujours l’effet de surprise. Le véritable danger dans ces situations est lié au nombre d’adversaires qu’on doit affronter à la fois. Et au fait qu’une faucheuse aussi expérimentée que moi peut être blessée. En particulier sur Terre. J’entends la voix de mon mentor qui me dirait : « Tu aurais dû t’éclipser et laisser l’ange gérer le problème, Eliza. » Sauf que je ne suis pas du genre à tourner le dos à mes responsabilités. Peu importe si, finalement, j’aurais été dans mon droit de me barrer : que nous venions du Paradis ou de l’Enfer, maintenir l’équilibre est notre priorité. Ces bestioles le menacent. En plus, j’aime trop me battre pour refuser cet exercice imprévu.
Lorsque la goule fonce sur moi, je pivote de profil, tends le bras gauche qui s’écrase sur sa gorge et en profite pour planter la lame de mon arme préférée dans l’œil de ma victime.

Elle recule sous les différents chocs simultanés, me donnant l’opportunité de saisir la hache de guerre à ma ceinture puis de la décapiter. Il me faut seulement trois coups, dont chaque impact vibre jusque dans mon épaule, pour atteindre mon objectif. Je maîtrise parfaitement ce geste qui est enseigné à tous les damnés ; le résultat est aussi propre que possible, considérant le contexte. Disons que si la chair naturellement en décomposition de cette espèce me facilite le travail, ça n’empêche pas les dommages collatéraux. À savoir les éclaboussures aux sons glamours se superposant à ceux de la lame tranchant l’épiderme. Je me retourne à temps pour découvrir l’ange en train d’achever de la même façon l’humain contaminé. Oui, cette technique fait aussi partie de l’entraînement des êtres célestes. Nous avons quelques points communs, peu nombreux, Lucifer soit loué.
Décidée à lui laisser la tâche de brûler les restes afin d’éliminer toute possibilité de régénération –ainsi que d’épidémie–, je reprends mon chemin au moment où le vampire plonge les crocs dans l’épaule de la guerrière. Il parvient à l’entourer de ses bras et à la maintenir contre lui, malgré les mouvements frénétiques de celle-ci. Un soupir plus tard, je me résigne à faire demi-tour et envoie une étoile shuriken sur la sangsue.

Je n’ai aucune illusion sur l’effet que cette attaque aura : le but est de créer une diversion, pas de la blesser. Encore une fois, l’absence d’intelligence de cette race joue en ma faveur et elle lâche Olive pour s’intéresser à moi.
Viens par ici, Edward…
Le manche de ma hache fermement enserré au creux de la paume, j’ancre mes Rangers dans le sol et attends que le vampire soit assez près pour lancer le bras en avant tout en effectuant un tour sur moi-même. Spectaculaire et efficace, en toute modestie, mon attaque fait mouche et sa tête se détache presque totalement du buste. J’ajoute un coup de pied sauté avant qu’il ne tombe et termine ainsi la décapitation.
Pendant que j’époussette une phalange égarée de mon pantalon de treillis noir, je discerne les passants qui marchent non loin de nous. Ils s’éloignent instinctivement du carnage sans avoir la moindre idée de notre présence et de ce qui vient de se produire en plein centre-ville de San Francisco. C’est l’avantage d’être invisibles à leurs yeux. Je me redresse et avise la scène. Ayant accompli bien plus que mon devoir, j’essuie les lames de mes armes sur les vêtements des corps sans tête. Je lance à l’ange sans lui accorder un regard :
– Brûle-les.

Je repars enfin, déterminée à effectuer ma livraison d’âmes à Lucifer pour m’octroyer ensuite quelques heures de repos. Chez moi m’attend une baignoire qui ne demande qu’à être remplie et m’accueillir jusqu’à ce que mes muscles se détendent.
Je récupère ma moto exactement où je l’ai laissée, les clefs sur le contact. Comme pour tout ce qui concerne les damnés sur Terre, personne ne voit mon Aprilia RSV4 Factory. Benoît, le nécromancien que j’embauche en cas de besoin, a lâché quelques sorts. Ça m’évite de prêter attention où me garer et de m’encombrer du trousseau : aucun damné ne me la volerait, aucun céleste n’oserait y toucher, aucun humain n’a conscience de son existence. J’enfourche ma sportive noire et mets mon casque. Je ne peux pas mourir d’un accident, me blesser n’est toutefois pas exclus, et salement. Inutile de tenter le diable. Ah ! Je suis hilarante. Je démarre la machine et la sensation de vitesse est déjà là avant que je ne bouge. Tout est toujours dans l’anticipation. Un mouvement souple du poignet droit, et me voilà à slalomer parmi les voitures afin de rejoindre Castro Street. Je me gare devant la façade arborant le drapeau LGBT arc-en-ciel. Pour les passant, c’est une fresque colorée comme on en voit partout dans ce quartier.

Pour les damnés, c’est ici que Lucifer a situé le passage entre San Francisco et l’Enfer. Mon roi aime les symboles et milite pour la liberté sexuelle qu’il pratique assidûment.
J’aurais pu m’y transposer, j’adore cependant les sensations que me procurent mes trajets sur deux roues. Encore un détail qui me différencie de mes semblables pas si semblables. Ils optent tous, dès que possible, pour le mode de transport visant à transposer son être d’un lieu à l’autre, en pensant simplement à l’endroit où on souhaite se rendre. Moi, j’apprécie les plaisirs basiques comme la vitesse et le danger maîtrisés.
Je franchis la porte sans incident (ça nous change) et découvre William qui m’accueille de l’autre côté. Mon ami et mentor, fidèle au rendez-vous, sans surprise. Je connais la raison de sa présence. Il a senti que j’arrivais et, comme régulièrement depuis que je ne vis plus en Enfer, il est là pour me convaincre de changer d’avis. Ça fait des mois que j’ai élu résidence sur Terre, il est tenace. Presque autant que moi.
– Si tu te décidais à revenir vivre ici…
– Bonjour à toi aussi, Will.

Je ne m’arrête pas, connaissant le couplet qu’il va me servir. Nous savons tous les deux que c’est peine perdue. Car en Enfer, il est de bon ton de s’adonner aux sept péchés capitaux, ainsi qu’à tous les autres, mineurs. Ne pas suivre cette tendance est une hérésie, une insulte aux princes les représentant. Or, je ne trouve aucun attrait à ces pratiques.
Rien ne m’oblige à demeurer sur Terre. L’Enfer m’offrirait d’ailleurs un confort de vie incomparable et n’importe qui n’hésiterait pas un instant. Entre la Terre et ses inconvénients face à l’Enfer et son luxe, le choix est évident. Pour tous les autres. Pour moi, il est contre-nature : c’est bien là le problème et la raison du harcèlement que je subis quotidiennement de la part de mon mentor.
En vivant parmi les miens, les damnés de plus bas niveau seraient à mon service et je récupérerais mon énergie en deux fois moins de temps. Je serais également plus au centre de l’attention et donnerais le bâton pour me faire battre. Si William se fiche de mes habitudes, elles n’ont pas échappé aux ennemis que je suis parvenue à me faire, malgré moi, au fil des ans. Trois siècles et demi après, il est difficile de constamment dissimuler son mode de vie. Aujourd’hui, j’ai perdu l’espoir de passer inaperçue. En revanche, je ne souhaite pas pour autant devenir la cible des extrémistes.

C’est une perte de temps de se défendre et d’esquiver leurs manigances. J’aspire à une tranquillité que l’Enfer ne peut plus m’offrir en tant que foyer.
Je ne suis pas naïve : si j’étais moins douée dans les missions qui me sont assignées, aucune doléance n’aurait été entendue suite aux plaintes de ce Ku Klux Klan version infernale. On change le cadre, on garde les imbéciles : sur Terre ou ici, il ne fait pas bon être différent. Ce qui me sauve la mise et me privilégie sur le choix de mon lieu de vie est que je suis l’une des meilleures faucheuses et une combattante encore plus précieuse.
Le compromis que Lucifer m’a proposé en contrarie plus d’un. Les termes stipulent que je peux vivre sur Terre en effectuant mon travail avec autant d’excellence que j’en suis capable. Et surtout : ne pas faire de vagues. En ces temps de pénurie d’âmes, se passer d’un élément efficace tel que moi serait stupide. Le roi de l’Enfer a beaucoup de défauts qu’il cultive avec attention, la bêtise n’en fait toutefois pas partie. Je bénéficie d’un traitement de faveur qui a pour but de maintenir la moyenne de récolte d’âmes au maximum. Tant que je suis au top, Lucifer ne reviendra pas sur cet arrangement. Toujours est-il que son intérêt pour ma petite personne jette de l’huile sur le feu de ma réputation parmi les damnés.

Je n’irais pas jusqu’à prétendre que je suis sa chouchou, mais sa protégée, oui. Il ne m’a jamais dit pourquoi il veillait sur moi, j’ai pourtant rapidement compris que mes qualités de faucheuse en étaient la raison. Si je suis bien plus tranquille sur Terre, William déplore cependant la distance que mon nouveau domicile instaure entre nous. Je ne lui ai pas demandé de me suivre, ça aurait été une insulte. Il mérite de rester parmi l’élite, il est plus expérimenté que moi et vit selon les sept péchés. Si la solitude m’a d’abord pesé dans l’appartement que j’occupe à présent, je la chéris autant que les instants partagés avec mon mentor, rares, mais significatifs.
– Tu pues l’ange.
Bien sûr, quand il m’abreuve de mots tendres, je suis un peu moins fan de sa compagnie. Will me suit jusqu’au palais dont l’architecture copie le château de Versailles. Le roi ne fait rien à moitié et remodèle sa demeure selon ses humeurs. En ce moment, il a une préférence pour l’emblématique palais des souverains de France. Oui, il est mégalo et le vit bien. Le soleil couchant confère au paysage une ambiance noble et poétique en totale inadéquation avec ce qui se déroule derrière les nombreuses fenêtres des façades. La mégalomanie s’accompagne rarement de raffinement.

J’entre sans répondre à Will. Il ne fait pas d’autre commentaire et attend que je livre les âmes récoltées durant ces dernières vingt-quatre heures. Ce que je fais sans réfléchir, les gestes répétés depuis des siècles sont devenus automatiques. Je récupère mon planning auprès du secrétaire psychorigide de Lucifer qui relève à peine la tête en me tendant la feuille où figurent les heures et lieux de récoltes. Je fais encore partie de l’équipe de jour, pour l’instant.
Une fois que je me suis acquittée de ce qui équivaut à pointer après une journée de travail, je ressors : William est toujours là. Il me raccompagne en silence. Je l’apprécie trop pour le quitter ce soir sans avoir un mot agréable envers lui, aussi je m’immobilise et attends qu’il s’aperçoive de mon arrêt.
Les rues de l’Enfer s’accordent avec le palais, on ne peut pas reprocher à Lucifer son manque de goût pour le décorum. Tout est immaculé, les fontaines procurent aux damnés une bande-son cristalline et, si je ne connaissais pas les lieux, je croirais être… Non, pas au Paradis. Je ne blasphémerai pas ici, y compris en pensées. Disons simplement que l’habit ne fait pas le moine. Merde, j’ai blasphémé malgré tout ! Une chance que ce soit juste mentalement.
– Tu me manques aussi, Will, je murmure quand il se poste face à moi, les bras croisés.

– Je n’ai pas dit que… tu me gonfles, Eliza.
Un sourire étire mes lèvres. En réagissant ainsi, je prends le risque de le vexer et de démarrer une guerre du silence qu’aucun de nous ne sera enclin à rompre. Il n’aime pas parler de ce qu’il ressent, également me concernant. Nous disputer était un rituel de notre vie commune auquel j’étais habituée. Aujourd’hui, je préfère profiter de ces instants auprès de lui autrement qu’en nous provoquant mutuellement.
– J’aimais être ta coloc, mais ce n’était vraiment plus possible. Et tu le sais.
– Non, je ne le sais pas.
Mon mentor, comme tous les faucheurs, a 27 ans pour l’éternité. En apparence. En réalité, il ne m’a jamais donné son âge. Pour avoir entendu Bélial en parler un jour, je sais qu’il est proche du millénaire. À le voir, en revanche, on penserait qu’il a 5 ans et fait un caprice. Il n’a pourtant rien d’un gamin, bien sûr. Grand, mince et élancé, ses cheveux bruns sont coupés court et encadrent un visage délicat aux traits aristocratiques. En temps normal, il affiche une expression impassible et est connu pour son self-control. Avec moi, ses sourcils sont souvent froncés, ses lèvres fines pincées et ses yeux noisette virent au noir.

J’aimerais dire qu’il s’agit d’un de mes super pouvoirs, je ne fais cependant rien pour obtenir cette réaction de sa part. Ce doit être un don, du coup.
Il m’a formée à mon arrivée en Enfer et a pris dans ma vie la place que mon père n’a jamais occupée durant mon existence humaine. Notre relation est d’ailleurs une des raisons principales à ma mise à l’index : nous sommes liés par l’affection qu’un parent porte à son enfant et n’avons pas couché ensemble. Au grand désespoir des défenseurs du péché de luxure qui sont sûrement les plus virulents parmi mes détracteurs.
Les damnés ont conservé ce trait de leur humanité qui consiste à craindre ce qu’on ne comprend pas. Pour eux, je suis une énigme et je perturbe donc l’ordre établi ici-bas. J’ai du mal à leur en vouloir ; je ne saisis pas non plus ce décalage avec eux. Même si je suis toujours l’une des leurs, même si j’accomplis des missions similaires aux leurs, même s’ils sont contraints de me croiser… chacun trouve son compte à mon absence. S’ils ne sont pas témoins des préférences de Lucifer envers moi, ça me donne des points bonus de tranquillité.

J’aimerais dire que ça ne me dérange pas, ce serait faux car j’aurais tellement voulu m’intégrer et ne pas être la paria, ici aussi. Ma vie sur Terre m’aura appris à subir les mises à l’écart qu’une femme sachant penser seule subissait au XVII° siècle. La suite est assez similaire, bien que les raisons diffèrent.
– Tu es le bienvenu, n’importe quand. Mais je ne peux pas revenir.
William crispe les mâchoires et son air contrarié s’accentue. Il s’approche et me demande, sans desserrer les dents :
– Tu as tout ce qu’il te faut ?
– Oui, et si j’ai besoin de quelque chose, tu seras le premier informé.
Il hoche la tête et s’éloigne d’un pas avant de me tourner le dos et de repartir vers le palais. Il s’y est installé après mon déménagement, me confortant dans mon choix. Il y est à sa place, j’étais un frein pour lui, ici.
Je traverse le portail dans l’autre sens et me retrouve à nouveau à San Francisco.

N’étant plus résidente permanente de l’Enfer, cette ville est devenue ma zone de travail. Il y a assez à faire et c’est plus logique que passer mon temps à parcourir le globe. Il me faut rouler dix minutes pour arriver sur Diamond Street. Le café Linestrider au-dessus duquel je vis est animé. Si j’aime l’atmosphère de ce quartier, j’apprécie encore plus la sérénité que mon appartement m’offre. Je gare ma RSV4 sur ma place de parking toujours libre : l’avantage d’embaucher un nécromancien. Je n’ai aucune idée du type d’incantation utilisée pour que les humains n’aient pas conscience de cet emplacement ni de l’existence de mon appartement. Ça semble efficace et me permet d’avoir un lieu sûr où je me sens déconnectée de tout le reste. C’est pourquoi je suis immédiatement sur mes gardes quand je pose le pied sur la première marche menant à l’étage.
Il y a un ange sur mon palier.

FIN de l'extrait
X
On comptera les étoiles
Prologue


11 mois plus tôt

– Tu l’as tuée.
Il cligne des yeux. La musique diffusée dans les haut-parleurs est forte, peut-être ne m’a-t-il pas entendue par-dessus la chanson, alors je reprends, en élevant la voix :
– Elle est morte à cause de toi !

Chapitre 1
Lia


La rentrée a eu lieu la semaine dernière et j’ai enfin la version définitive de mon emploi du temps dans les mains. J’avance dans le couloir jusqu’à la salle de cours tout en le relisant et peste :
– C’est encore Robert qui s’est chargé des plannings…
– Robert ?
Je sursaute et me retourne. Je pensais être seule devant la porte de la classe et je me parlais à moi-même, comme souvent. Sauf que d’habitude, je suis vraiment seule. En tout cas je crois l’être. Je ne sais pas qui est l’élève qui m’a surprise à râler, et même s’il était dans ma classe, je ne serais pas capable de l’identifier. Je ne connais encore personne, ici, mais je suis presque sûre que nous n’avons aucun cours en commun. Comme il me fixe en ayant l’air d’attendre une réponse, je finis par lui dire :
– Oui, Robert.
– Celui qui fait les emplois du temps s’appelle Robert ?
– Aucune idée.
– Mais tu viens de parler d’un certain Robert, non ?
– Il faut bien que le responsable de ça, je réplique en agitant ma feuille, ait un nom. C’est beaucoup plus facile de s’énerver contre quelqu’un dont on connaît le prénom. Sinon, ça donnerait « C’est encore monsieur X qui s’est chargé des plannings » et reconnais que ça a tout de suite moins de cachet.

– C’est sûr, mais pourquoi « Robert » ?
Pourquoi est-ce que je continue de m’exprimer, surtout ? Il me fixe sans ciller, très sérieusement. Je me retiens de grimacer et reprends en abaissant les épaules :
– Tu t’appelles Robert, c’est ça ?
– Oui.
Quelles étaient les probabilités pour que la seule personne qui m’entende soit un Robert ? Qui porte encore ce prénom, de nos jours, en plus ? Celui qui est en face de moi n’a pas du tout une tête à s’appeler Robert. Simon, peut-être. Ou Benjamin, à la rigueur. Mais Robert, non. Je n’imagine pas du tout un Robert avec des cheveux bouclés, bruns, et jusqu’aux épaules. Ni avec des lèvres charnues comme les siennes, ça ne colle pas. Robert n’aurait pas de grands yeux bruns et ce visage d’ange.
– Peut-être qu’on devrait te rebaptiser, je lâche sans réfléchir.
– Carrément ?
– Oui, ce serait mieux pour toi. Robert est à l’origine de toutes les idées les plus pourries, c’est trop dur à porter.
– Comme celle de la répartition de nos heures de cours ?
– Oui. Ou les ouvertures faciles.
– Je vois.
Le petit sourire en coin qu’il affiche m’encourage à continuer.

– Les horaires de la Poste, aussi, c’est un coup de Robert, je poursuis alors qu’une petite voix dans ma tête me conseille de la boucler. – Les chaussettes dans les sandales, c’est lui aussi ?
– Sûrement, je ne vois pas qui d’autre.
Il croise les bras et lève un sourcil. Il me dépasse d’une quinzaine de centimètres, environ. À peu près, je n’ai jamais eu le compas dans l’œil, mais il est plus grand que moi.
– Du coup, on pourrait t’appeler autrement, parce que c’est dur à porter comme héritage, Robert.
– C’est sûr..
– Rassure-moi, dis-moi que tu te fous de moi et que tu ne t’appelles pas Robert.
– Je m’appelle Samuel.
J’en étais sûre ! Non, je l’ignorais, mais je l’espérais. Parce que ça aurait été vraiment nul comme premier contact avec un élève de mon nouveau lycée si j’avais démarré en insultant son nom.
– C’est moche ça, Samuel, très moche !
– Tu es en train de me dire que mon prénom est moche ?
– Non ! Mais me faire croire que tu t’appelles Robert, ça, c’est moche.
– Avoue que c’était assez tentant.
– Jamais. J’ai pour principe de ne jamais rien admettre.

Il sourit plus franchement. Je regarde machinalement autour de nous, il n’y a personne. C’est plutôt logique puisque les élèves sont soit en classe soit rentrés chez eux. Seuls les latinistes dans mon cas ont deux heures de permanence au beau milieu de l’après-midi. Et Samuel, visiblement.
J’en profite pour l’observer à nouveau, puisqu’il en fait autant de son côté. Son menton est fin et j’y distingue une petite fossette au milieu. Je prête toujours attention à ce genre de détails, surtout que j’ai lu quelque part que c’est génétique. Depuis, ça m’intrigue. J’imagine que son père ou sa mère a la même. Je descends le regard un peu plus bas et découvre un t-shirt sur lequel on peut voir un T-Rex qui ne parvient pas à tenir le guidon du minuscule vélo sur lequel il est assis. Comme pour me permettre de mieux voir ce qui est inscrit sous l’illustration, il décroise les bras et je lis : « No, you can’t. » Je ris franchement et reporte mon attention sur son visage. Il ne s’est écoulé que quelques secondes, mais ce sont des secondes embarrassantes car ni lui ni moi ne parlons. Il faut que je trouve quelque chose à dire puisqu’il n’a pas l’intention de continuer son chemin. Ce qui m’arrangerait, bien sûr. Parce que je sens que si je parle, je vais encore dire n’importe quoi et qu’il se moquera de moi.
Alors je le détaille un peu plus, je ne suis pas à ça près, et je remarque son jean ajusté. Très ajusté. Voilà un sujet de conversation :
– Si tu veux des enfants un jour, tu devrais faire attention aux fringues trop moulantes.

Je remonte les yeux d’un coup. Non seulement je le mate, mais en plus je lui parle de sa fertilité comme si nous étions intimes. Je savais que j’aurais mieux fait d’attendre qu’il prenne la parole. Il aurait fini par craquer. Pourtant, si j’en juge par son air détendu et satisfait, quelque chose me dit que je l’amuse. Il garde toujours le silence sans cesser de me dévisager, ça commence à devenir un peu bizarre. Je replace machinalement une pince dans mes cheveux et détourne les yeux en murmurant :
– Je viens de te mater.
Verbaliser mes pensées m’aide à apaiser ma conscience. Mais le bénéfice ne va pas beaucoup plus loin, alors n’ayant aucun instinct de préservation, je continue : – Je devrais te présenter des excuses pour t’avoir objectifié.
– Tu devrais, oui.
Enfin il s’exprime au lieu de me laisser m’enliser dans mon embarras. Je réplique aussitôt :
– Mais je crois que tu as aimé ça.
– Je n’oserais pas.
– Tu te moques encore de moi.
– C’est possible. Samuel Marquez, ajoute-t-il en me tendant la main.
– Je sais, tu viens de me le dire, je lui rappelle.
– Oui, et donc, c’est ton tour.
– Mon tour de quoi ?

– Ôte-moi d’un doute : c’est juste moi ou cette conversation est surréaliste ?
– Au départ, je me parlais à moi-même. Si tu t’incrustes dans un monologue, ne t’étonne pas que ça t’échappe.
– Ceci explique cela ?
– Tu attends le cours de latin ? je lui demande enfin.
– Non, j’allais au distributeur quand je t’ai entendue marmonner. Si tu lâches ma main, on peut s’y rendre ensemble et je t’offre un café.
Je desserre subitement les doigts, n’ayant pas réalisé que je le retenais en otage.
– Le café, c’est pour te faire pardonner ? je l’interroge pour changer de sujet.
– Me faire pardonner de quoi ?
– Exactement.
Il secoue la tête en souriant et murmure :
– Surréaliste… Alors ?
– Je ne bois pas de café.
– Chocolat ?
– Il fait encore trop chaud. Le meilleur moment pour boire une tasse de chocolat, c’est quand l’automne arrive. Aux premières pluies, tu te blottis sous un plaid avec un livre et un mug de chocolat.

Il continue de me scruter en silence.
– Je parle trop, c’est ça ?
– Un peu, mais ça ne me dérange pas.
– C’est cyclothymique.
– De quoi ?
J’aime les mots compliqués et j’aime les utiliser dans des conversations banales. Mon challenge personnel est de régulièrement caser des ovnis comme ça. Mon plaisir est qu’on me demande de les expliquer, mais ça arrive rarement. Souvent, les gens font semblant de comprendre parce qu’ils ont peur d’avoir l’air stupides. Alors qu’il n’y a aucune honte à essayer d’élargir ses connaissances en posant des questions. Du coup, Samuel est quelqu’un qui m’est tout de suite sympathique. Il n’a pas essayé de faire semblant.
– Cyclothymique. C’est joli, non ? Dans l’exemple que je citais, ma tendance à ne pas me taire, ça signifie que j’ai des périodes où je parle presque en continu au point de parvenir à m’auto-souler. Et d’autres où je n’ai rien à dire. Tu vois, c’est par cycle. Cycle, cyclo… tout ça.
– Pendant tes moments de silences, en fait, tu réfléchis à tout ce que tu vas dire quand tu auras à nouveau envie de parler ?
– Oui ! C’est tout à fait ça ! Toi aussi ?
– Non, mais c’est logique. Et oui, c’est un joli mot. Tu fais partie du CDMO ?

À mon tour d’avoir l’air perdue. Il n’attend pas que je le lui demande, et éclaire ma lanterne avec autant d’enthousiasme que moi :
– Le Comité de Défense des Mots Oubliés.
– Oh, bien trouvé. Mais je crois que ce comité n’existe pas.
– Tu pourrais le créer.
– Tu en ferais partie ?
– Oui, je serais membre honorifique puisque j’ai inventé le nom.
– D’accord, mais j’en serais la présidente.
– Ça marche.
Je hoche la tête en me demandant, finalement, quelles étaient les probabilités que je tombe sur quelqu’un d’aussi bizarre que moi. À moins que je ne sois pas bizarre, en réalité ?
– Jus de fruits, je déclare fermement.
– C’est un nouveau jeu où il faut balancer la première idée qui nous traverse l’esprit sans réfléchir ?
– Je veux bien que tu m’offres un jus de fruits pour te faire pardonner. Essaie de suivre.
– Pardon, je serai plus attentif. Jus de fruits donc, on y va ?

FIN de l'extrait
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Ma Romance de Noël (Presque) Parfaite
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Chapitre 1

Cette poule cherche un moyen de m’éliminer. Je le sais à sa manière insistante de me fixer. Déjà, les yeux d’un gallinacé ne sont pas hyper rassurants, de base. Mais quand ils sont braqués sur moi comme les siens, je rêve d’une broche tournante et d’un jus bien grésillant.
– Salut, Nina, t’as encore oublié tes clefs dedans ?
Liam remonte la bretelle de son sac sur son épaule et me sourit depuis le bas des escaliers.
Je suis installée à l’extérieur, sur le côté de la villa où il vit avec son père. Quand on arrive, l’allée se sépare en deux pour permettre de se rendre chez eux, ou chez moi à l’étage de leur garage et accessible par dehors.
Qu’est-ce que je disais : sa poule n’a pas bougé à son approche, c’est bien que quelque chose cloche. Ces bestioles ne sont pas censées se précipiter à la rencontre de celui qui les nourrit ? Y a un truc pas net avec elle, et je l’ai senti dès la visite de l’appartement que je loue à mon patron depuis presque un an. Je me rappelle encore l’annonce qui précisait que les chiens et les chats n’étaient pas autorisés, à cause de l’animal de compagnie du propriétaire. Vu le loyer demandé, je ne me suis pas méfiée, et j’ai naïvement trouvé ça sympa d’avoir une cocotte à domicile. Tu parles, sympa ! Dès que ses maîtres ont le dos tourné, elle recommence ses manigances et imagine ma mort de mille façons. Avec ses pattes acérées et son bec pointu, je suis sûre qu’elle a déjà sélectionné quelques attaques…

– Cette fois, ce n’est pas de ma faute, je réponds au fils de mon boss. Il y a eu un courant d’air et la porte a claqué pendant que je venais en aide à Poulette.
Il sourit et je sais qu’il ne me croit pas, pourtant, il entre dans mon jeu.
– Elle était en danger ?
– T’as pas idée ! J’ai vu un renard se faufiler sous la clôture. Je n’ai écouté que mon courage et je suis sortie pour le chasser, sans penser un seul instant à ma propre sécurité. C’est dire si je suis dévouée à cet animal…
– T’es sortie pour aider ma poule, à 7 heures du matin, avec tes chaussures à talons et… C’est pas la robe que tu portais hier avant de voir tes sœurs ?
Ce gamin est trop fin observateur pour son bien.
– C’est important de s’apprêter, y compris pour aller faire trois courses, ou sauver le monde, je réplique sans masquer mon sourire.
Le sien ne dure pas longtemps, il a l’air préoccupé.
– Raconte, je l’encourage à se confier au lieu de lui demander le double de chez moi.
Car il a raison, bien sûr : ça fait une heure que je me gèle les fesses sur les marches de l’escalier. Il était trop tôt pour appeler Madden. Le fait est que j’étais pressée de retrouver les filles pour ma soirée de repos. Surtout que pour une fois, on sortait au lieu de squatter chez moi. Et, oui, un courant d’air a claqué la porte. Celui provoqué par le mouvement de mon bras la refermant, mais c’est un détail.

– C’est Lily…
Liam évite mon regard. Je descends à son niveau et l’invite à s’installer à côté de moi.
– Elle a tenu la main de Bastian et il raconte partout que c’est sa petite amie.
– J’ai loupé un épisode, je note en passant un bras autour de ses épaules. Je croyais que c’était officiel, vous deux. Vous aviez même un nom de ship -que je trouve super cool, au passage.
C’est lui qui m’a appris ce qu’est un nom de ship, qu’on connaît aussi sous le terme « brangeliner », en référence à Brad Pitt et Angelina Jolie. Il s’agit de contracter les deux prénoms pour en former un nouveau, souvent bizarre, mais accrocheur. Lilyam : ils étaient faits pour se mettre en couple, non ? On n’ignore pas ce genre de signes du destin, ça porte malheur.
– Ouais, ben, je sais pas… En plus, il pue de la bouche, comment elle peut avoir envie de l’embrasser ?
– Ils se sont déjà embrassés ? je m’étonne.
Je sais que les jeunes sont de plus en plus précoces, mais 11 ans… Tu fais quoi de concret, à cet âge ? Un smack tout au plus. Enfin je crois, maintenant, plus rien ne me surprend. Et pourquoi je pense comme une ancêtre ? Allez-y, les jeunes, roulez-vous des pelles ! Pardon, j’ai perdu le fil. Heureusement, Liam suit et soupire avant de lâcher :
– Non, mais j’suis sûr qu’il va essayer.
– Tu veux qu’on établisse un plan pour casser son délire ?
– Tu ferais ça ? il me demande avec tellement d’espoir que je me dois de me rallier à sa cause.

– Bien sûr. Pour commencer, on pourrait l’inviter après l’école et lui présenter Poulette. Avec un peu de chance, le démon qui la possède décidera que Bastian mérite un bon picotage. Elle pourrait lui épiler les poils des jambes un par un, à coup de bec, tu en dis quoi ?
Il éclate de rire : mission accomplie.
– Non, sérieusement, je suis sûre qu’en plus de puer, il a d’autres tares, j’insiste quand il redevient soucieux.
– Ouais, mais si Lily l’aime bien…
– Tu sais quoi ? Si elle n’est pas capable de voir que tu es tellement mieux que cette boule puante ambulante de Bastian, y a pas photo : cette fille n’est pas pour toi !
Il n’est pas convaincu par ma tirade, et pour cause : je me souviens à quel point j’étais entêtée à cet âge. Peu importait si mon objectif était à ma portée ou non, je ne voulais rien entendre. Il fallait que je me casse la figure seule pour enfin admettre que je n’étais pas sur la bonne voie. Et encore, je devais parfois me vautrer à plusieurs reprises pour comprendre. La rumeur raconte que je n’ai pas changé. C’est fou ce que les gens sont médisants…
– Il a un vélo ? je tente à nouveau.
– Un super VTT, il se la pète avec.
– On peut lui crever les pneus !
– Ou pas.

Pris en faute, Liam et moi nous redressons, comme deux gamins, alors que j’ai 26 ans et que Madden n’est pas mon père. Pourtant, à la manière dont il me regarde et au ton sans appel de son intervention, je suis clairement dans la panade. Je ne compte pas le nombre de fois où nous entrons en conflit, lui et moi. D’ordinaire, ça se produit dans son bar et il y est plutôt cool sur les conséquences. Là, en revanche, il s’agit de son fils et je suis dans le coin depuis assez longtemps pour savoir que j’ai dépassé les bornes. Selon ses critères, bien sûr, car selon les miens, quand on dédramatise une situation pour aider un collégien à se sentir mieux, y a pas mort d’homme.
– Va m’attendre, il lance à Liam en lui tendant ses clefs.
Il attend que nous soyons seuls et passe à côté de moi sans un mot et en laissant un bon espace entre nous. Il fait toujours ça, Holly pense qu’en tant que patron, il se protège contre les plaintes de harcèlement. Moi, je suis persuadée qu’il me tolère par professionnalisme, car il ne m’apprécie pas beaucoup. Il monte jusqu’à la porte qu’il déverrouille. Au moment où j’imagine m’en tirer facilement (la fatigue me fait baisser la garde) et entre chez moi en marmonnant un discret merci, il m’interpelle.
– Ne fourre pas des idées de ce genre dans la tête de mon fils.
Je me retourne pour lui expliquer que je plaisantais et que je n’aurais jamais mis cette menace à exécution, mais il n’a visiblement pas fini puisqu’il ne me laisse pas en placer une et enchaîne :
– N’interviens pas dans son éducation.

Pour le coup, il me blesse et il le sait. J’adore passer du temps avec Liam. Dès qu’il termine les cours, il rejoint son père au bar : on se voit souvent, ça crée des liens. Sans parler de toutes les fois où on discute dans les escaliers, quand on se croise.
– J’ai encore le droit de lui adresser la parole, ou tu vas demander une ordonnance au juge pour me tenir éloignée ? je l’interroge en serrant les dents. Il m’observe quelques secondes en silence. Le problème avec mon patron, c’est qu’il a un physique distrayant. Alors que je devrais conserver une attitude belliqueuse pour manifester mon désaccord, je note tous les détails qui font de lui un homme sexy, et donc, dangereux.
Il y a cinq ans, Madden McCarty était le mannequin vedette de la marque de luxe Dandy’O, spécialité sous-vêtements. Pour faire simple : il pourrait toujours l’être s’il le souhaitait. Il a cependant préféré raccrocher ses boxers pour monter l’entreprise qui me permet de payer mes factures et d’avoir un toit au-dessus de la tête. Malgré l’arrêt de son activité pour laquelle son corps était parfait, il a maintenu ses réseaux sociaux, en particulier Instagram où il est suivi par près de sept cent mille abonnés. Moi y compris. Il utilise ce compte pour la promo de son bar et de la bière qu’il brasse lui-même. Il a capté que plus il montrait ses abdos, plus il attirait de clients. En d’autres termes, à 32 ans, il est bien foutu, il le sait, et j’en oublierais presque notre dispute si lui n’avait pas une bien meilleure capacité d’attention que moi.
– Ne t’enferme plus à l’extérieur, Loreena, et réfléchis quand tu t’adresses à un gamin de l’âge de Liam. Tu penses qu’il a saisi l’humour ? Qui va devoir rattraper ça, d’après toi ?

Il avance d’un pas vers moi, et si je ne le connaissais pas, je pourrais le trouver menaçant, tant cette proximité est rare. Après tout, quand on plafonne comme moi à moins d’un mètre soixante et qu’on a un type de plus d’un mètre quatre-vingts en face de soi, être intimidé serait un réflexe logique et sain. Pourtant je sais qu’il veut seulement s’assurer que j’ai bien compris le message, pas se la jouer mafieux. Cet échange n’est pas isolé : Madden est pire qu’une maman louve avec son fils, il passe son temps à le surveiller comme du lait sur le feu. Honnêtement, étant moi-même sans enfants et pas près d’en avoir, je ne me permettrais pas de condamner la manière dont il éduque le sien. Mais il devrait se détendre un peu : je suis sûre que les potes de Liam au collège ont des suggestions bien moins fun et plus risquées que mon idée de crever les pneus d’un vélo.
– Je veillerai à ne plus te déranger, merci de m’avoir ouvert.
– Ne sois pas en retard.
– Je ne suis jamais en retard, je rétorque, piquée au vif.
Il laisse traîner ses yeux clairs sur ma tenue et je résiste à l’envie de me dandiner sous son attention. Le pouvoir lui monte vite à la tête quand il me regarde avec son air réprobateur de pater familias. Il est à peine plus âgé que moi, faudrait voir à pas oublier ce détail. Certes, il a déjà une entreprise qui cartonne, une carrière de mannequin et un gamin à son actif. Mais ça ne fait pas de lui un grand sage, ni de moi, une jeune écervelée à qui il faut faire la morale. Enfin, dans son esprit, il semblerait que oui. Me retrouver à la porte de chez moi pour la quatrième fois depuis que je vis ici n’aide pas, question crédibilité.

Je ne sais plus de quoi on parlait, j’ai bugué sur ses yeux. Quitte à me faire réprimander comme si j’avais 10 ans, autant que ça en vaille la peine et profiter de la vue. Même si je déteste son attitude condescendante. Il s’en va enfin, me permettant de mieux respirer, et Poulette le suit de son regard flippant. Je souffle :
– Attaque ! Attaque le méchant monsieur, cocotte !
– Quoi ?
Je sursaute en réalisant ne pas avoir été assez discrète.
– Non, rien, je disais juste « à l’attaque d’une nouvelle journée, mon pote ! » Madden plisse les yeux et je lui offre mon sourire d’ange. Celui qui m’a valu tellement de cadeaux dans les boutiques de mon village, petite. Le marchand de bonbons ? Cadeaux. La fleuriste ? Cadeaux. Ma mère prenait toujours soin de m’amener avec elle lorsqu’elle faisait ses courses. Même chez l’esthéticienne, je papillonnais de mes longs cils fournis, et souriais avec une candeur totalement feinte, et je repartais avec des cadeaux que ma mère s’empressait de récupérer en prétendant qu’on les avait durement gagnés à deux.
Au grognement d’ours et à la démarche saccadée de mon propriétaire lorsqu’il s’éloigne, je ne dois pas trop m’avancer en disant qu’il est immunisé contre mon arme secrète. Ça en fait un sur deux, car le jean qui a l’air d’avoir été cousu à même ses cuisses et moule son petit derrière comme une seconde peau, confirme que je suis loin d’être insensible à ses charmes.
Ah oui, l’autre problème avec mon patron ? Je suis amoureuse de lui, et ma vie ressemble à un mauvais scénario de téléfilm à petit budget. Bah ouais, pas les moyens pour les effets spéciaux quand on économise pour monter son entreprise !

FIN de l'extrait
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