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Qui est vraiment le héros de romance? Quand on écrit une romance, on se focalise sur les protagonistes. Et pour cause, ce sont eux qui portent toute l’histoire. On a aussi tendance à reproduire des schémas qui ont pu plaire, à une époque. Ou bien qui continuent de séduire un lectorat enfermé dans des stéréotypes qu’on a longtemps crus sexy. Et qui, pourtant, sont surtout déplorables.

Disclaimer

 

Bien sûr, il s’agit d’un article rédigé avec mon biais. Mes convictions et mes valeurs principalement féministes participent au contenu de cette analyse. Je prône l’importance d’écrire une romance engagée, respectueuse des femmes, et réaliste concernant les personnalités des protagonistes. Je ne prétends pas être objective. Je n’ai pas envie de l’être, d’ailleurs. Tu t’aventures donc à lire la suite en sachant tout cela. Et si tu poursuis, déjà merci, mais aussi: bienvenue dans les 5 plus grosses erreurs qui permettent de totalement必利勁
louper son héros de romance!

Le héros de romance viril

 

Je dois commencer par t’expliquer pourquoi j’ai un souci avec le concept de virilité. Je suis loin d’être la seule, et c’est un point qui m’interpelle de plus en plus. Dans la vie, bien sûr, mais surtout dans mon travail. J’ai longtemps cru qu’un héros de romance devait être viril pour être sexy. Je n’ai pas honte de l’avouer: comme beaucoup, j’ai été (et je suis souvent encore) victime du système et de ses croyances ancrées en nous.

Les concepts associés à la virilité sont la force, la puissance sexuelle, et toutes sortes de traits qu’on attribut aux hommes. À l’inverse, un homme ne doit donc pas être faible, sexuellement inactif, et surtout, surtout: il ne doit pas adopter ce qui constitue, par opposition, la féminité.

Les filles, ça pleure, ça chouine, c’est faible, ça a besoin d’être défendues, ça prend soin des autres, ça a des sentiments…

Je pense par exemple au fameux type de héros récurrent: le queutard. Il enchaîne les conquêtes sans leur accorder plus que le temps d’une baise. Alors que l’héroïne de la même histoire fait l’amour. Elle accorde ses faveurs sexuelles seulement si elle est amoureuse.

Tu comprends bien le problème ici. On enferme les protagonistes chacun dans ses stéréotypes de genre. Du coup, un homme qui exprime des sentiments, attend d’être amoureux pour avoir des relations sexuelles, et ose pleurer sans se planquer n’est plus assez viril.

Il en découle une multitude de héros de romance calqués sur le même schéma. En perpétuant ces stéréotypes, on participe à leur pérennité dans un monde où le sexisme est déjà bien trop intégré.

Dans cet article, j’ai déjà parlé de la romance 2.0, celle qui refuse de se plier aux dictats patriarcaux de notre société. Je suis toujours aussi convaincue qu’on doit arrêter de stigmatiser les protagonistes des romances.

Je suis également convaincue qu’on se trompe, en continuant à écrire des héros de romance dits virils. Ce n’est pas leur pilosité ou le temps qu’ils mettent à éjaculer qui fait d’eux des héros de qui on a envie de tomber amoureuse. C’est leur charisme.

Bien sûr, le charisme est plus compliqué à écrire. Plus délicat, aussi. Mais quand on se donne la peine de travailler à fond la psychologie de son héros de romance, la récompense est le résultat. Ce héros de qui on a VRAIMENT envie de tomber amoureuse. Pas ce type de qui on dit “oh, il est sexy… Mais attention, je n’en voudrais pas dans la vraie vie.”

Oui, je sais, la fiction n’est pas la réalité, tout ça… Pour autant, ne serait-il pas terriblement intéressant de lire des protagonistes vraisemblables, qui vendent du rêve sain, et s’apportent mutuellement plus qu’une passion sexuelle passagère?

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Le cas du sociopathe et du manipulateur

 

Petite définition du sociopathe (source):

Personne souffrant d’un trouble de la personnalité, trouble souvent caractérisé par une tendance générale à l’indifférence vis-à-vis des normes sociales et aux codes culturels ainsi qu’aux émotions et aux droits des autres, et par un comportement impulsif, mais pas forcément violent.

Ce mec qui a l’air de se foutre de tout, essaie de contrôler ce que fait l’héroïne, ne réagit pas quand il déconne et adopte un comportement marginal… Non, il n’est pas sexy.

On croise cependant des héros construits sur ce modèle, jamais à 100%, mais toujours assez pour que ça me mette mal à l’aise.

Par exemple, j’avais démarré la lecture d’une romance dans laquelle l’héroïne, venant de rencontrer le héros, pour une raison que j’ai oubliée, tombe en crise de panique. Là, le héros lui dit de se calmer, sans aucune empathie. Elle panique à fond, et lui veut juste qu’elle la boucle. Alors n’écoutant que son courage de mâle dominant, il lui met un coup de poing.

J’ai relu 3 fois le passage, sur le moment, car je ne croyais pas ce qui était sous mes yeux. J’ai même vérifié que le prénom de l’agresseur (car oui, il n’est pas un héros de romance mais un agresseur) était celui mentionné sur la 4° de couverture comme étant un protagoniste.

J’avais dans les mains un livre publié par une maison d’édition ayant pignon sur rue dans le domaine de la romance. Ce qui signifie qu’une équipe éditoriale comprenant au minimum une éditrice et une correctrice, a validé ce texte.

Personne ne s’est dit que ce type était un sociopathe. Alors qu’il en a pas mal de traits…

Est-il nécessaire de rappeler que, dans un autre genre mais tout aussi puant, Christian Grey, le héros de 50 nuances de Grey, est un manipulateur-né? Il commence par faire signer un contrat à l’héroïne, parce que. Et même si elle ne le signera il me semble jamais, n’empêche que le gars démarre par ça. Puis il choisit ses fringues. Ce qu’elle mange. Ce qu’elle a le droit de faire ou non, selon si elle a bien mangé ou non. Il la traque via le GPS de son portable, sans son accord. Il la suit. Il veut contrôler absolument tout ce qui compose sa vie. Et elle? Elle trouve ça adorablement attentionné. Euh, pardon, mais juste non, en fait. Non.

Et pourtant, combien de femmes ont lu cette trilogie et sont tombées sous le charme de Cricri? Trop. Beaucoup trop.

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Ce n’est pas la faute du héros de romance s’il est méchant!

 

Dans la suite directe de Christian Grey, et de bien d’autres du même genre, il y a une explication à son attitude. Car bien sûr, en vrai, c’est un petit nounours innocent. Ce n’est pas de sa faute: il a vécu un traumatisme. Souvent quand il était enfant, d’ailleurs. C’est plus attendrissant de nous parler d’une version petit garçon du héros de romance. Ça réveille sûrement l’instinct maternelle (sic) des lectrices? Je ne sais pas, mais en tout cas, ça justifie les actions présentes de ce type malsain et toxique.

Combien de fois ai-je lu qu’un héros de romance était un connard avec les femmes parce que… et là on peut compléter par n’importe quel traumatisme. Il a été incesté, il a été torturé, il a été harcelé, il a été trompé (bon, là on n’est plus chez le tout petit bonhomme, hein)… En bref, tout comme ce cher vicomte de Valmont dans Les liaisons dangereuses:

“Ce n’est pas [sa] faute”.

Mettre son attitude sur le dos d’un traumatisme qu’on dégaine comme un lapin du chapeau me semble tomber dans la facilité. On veut écrire un héros détestable, mais on veut quand même écrire une romance. Alors hop, petit tour de passe-passe, on va faire en sorte qu’il soit lavé de tous ses péchés en lui donnant un passé sombre. Si sombre qu’il n’est pas souvent en mesure de l’évoquer. L’héroïne apprend généralement par une tierce personne ce qui torture autant l’objet de son intérêt.

Et là, on claque des doigts, et tout est pardonné. Comme si le fait d’avoir soi-même été maltraité était une justification pour à son tour traiter les autres comme de la merde.

Il n’y a qu’à voir, encore une fois, comment Valmont dégage Madame de Tourvel après l’avoir parfaitement manipulée. Mais oui, mais le pauvre, lui-même était manipulé par la marquise de Merteuil… D’accord, je m’égare, puisque Les liaisons dangereuses ne sont pas une romance. Mais on se comprend.

Ainsi, Cricri a été victime d’un énorme drame, lorsqu’il était tout petiot. Et sûrement que le mec qui a filé une droite à cette pauvre héroïne en panique a eu aussi un passé torturé. Car il faut absolument que la lectrice pardonne au héros violent, manipulateur, infidèle et menteur.

Alors qu’il serait tellement plus intéressant de donner à son héros de romance une attitude borderline et qu’il en assume les conséquences. Mais ça impliquerait de ne pas tomber dans le bon vieux schéma des excuses toutes trouvées.

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L’élue de son cœur, la seule et l’unique

 

Et puis de toute façon, on est bien d’accord que dans la majorité des cas, lorsque le héros de romance se comporte mal… c’est surtout avec les autres. Les autres étant les autres femmes, bien sûr.

Aussi, même s’il se comporte mal de manière générale vis à vis des femmes, il respecte l’héroïne. Alors, encore une fois, on pardonne.

Tous ces héros qui se “rangent” une fois qu’ils ont trouvé la bonne, et qui deviennent des amouuuuuurs pour elle, pourraient former un club. Ce serait sûrement le club le plus fréquenté au monde, car ce type de héros ne date pas d’hier.

Le fait qu’il ne se mette à respecter qu’une femme ne pose visiblement de problème à personne. On pourrait penser que le gars a une épiphanie tellement fulgurante qu’il se lance dans un processus de mea culpa. On pourrait, mais on se vautrerait forcément, car ce n’est pas de cette façon que ce type de personnage est traité.

Il paraît qu’il est important que la lectrice se dise que, tout comme l’héroïne, ce serait merveilleux qu’elle rencontre cet homme qui oublie tous ses vices pour elle. Qu’elle soit la seule capable de le faire changer, de le ramener à la raison. L’unique pour laquelle il souhaite arrêter d’être un trou de balle doublé d’un macho invétéré.

Pourquoi? Pourquoi faire croire au lectorat que c’est à ça qu’elles doivent aspirer? Pourquoi continuer à leur dire “c’est ça qui doit te faire rêver”?

Est-ce qu’on pourrait, un instant, se rappeler que sans sororité, les femmes n’ont aucune chance de sortir du système patriarcal? Je suis persuadée qu’à leur petit niveau, les autrices de romances devraient utiliser plus souvent la voix qui leur est donnée pour changer les mentalités. C’est sûrement plus “bankable” de jouer sur les acquis malsains de la société.

Ça a tendance à me faire grincer des dents tout en me crispant, et pourtant… Ben pourtant, c’est plus courant qu’on pourrait le croire.

Ce n’est pas à l’héroïne de faire changer le héros de romance. Ce n’est pas son rôle de l’éduquer. Tout ce qui peut aider quelqu’un à mieux se comporter découle du bon sens, pour commencer. Et n’importe qui souhaitant changer a une source intarissable de lectures sur le sujet: ça s’appelle Internet.

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Puisque je te dis que ce héros de romance est un bad boy!

 

Ah… le bad boy… tout un concept que j’aborderai plus en détail dans un prochain article.

Je me rappelle de la fois où une amie est venue me parler de sa lecture en cours. Elle avait besoin d’évacuer. Elle en avait gros, sire.

L’autrice passait son temps à dire “c’est un bad boy” au sujet du héros. Tout le temps. Il fallait absolument que la lectrice imprime cette notion. Mais à côté de ça, le mec était fade. Il n’avait aucun charisme (tu vois, ça sert, le charisme), se comportait comme un gros connard (tu vois, ce n’est pas sexy), et tout s’expliquait parce que, le pauvre, il avait eu un passé hyper traumatisant (classique), du coup, on lui en veut pas, hein? (quelle surprise) Et puis comme l’héroïne était finalement la seule qu’il respectait (le retour de l’élue), tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Ce héros de romance en papier mâché est un combo de tout ce qui est à proscrire dans une romance. Encore une fois, ça n’engage que moi, mais je ne suis pas là pour balancer des généralités aussi insipides que ce héros qu’on appellera Robert, parce que. Je suis là pour être transparente, et le politiquement correct ne m’intéresse pas. Même s’il pourrait m’aider à avoir plus de lectrices, je suppose, je préfère être fidèle (pas comme Robert) à mes convictions.

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Pourquoi louper ce héros de romance?

 

Loin de moi l’idée de faire la morale à qui que ce soit. Chacune écrit ses romances comme elle le souhaite. Mais j’ai à cœur de montrer qu’il est possible de faire autrement que ce qu’on voit depuis des décennies. Qu’on a ce pouvoir dingue, en tant qu’autrice, de faire ce qu’on veut. On n’a pas besoin de briser les codes, pour ça, d’ailleurs. On peut en revanche les faire évoluer, tout comme les mentalités.

Il y a 40 ans, les lectrices étaient abreuvées d’histoires Harlequin dans lesquelles le viol était la norme. L’héroïne disait non, le héros insistait, et il la prenait de force si besoin, tout en faisant croire que c’était sexy. Aujourd’hui, cette vision de l’amour n’existe plus, et heureusement! On sait qu’un agresseur et un violeur ne sont pas attirants, glamours ou que sais-je… Ce sont des criminels, point.

Et s’il reste encore pas mal d’aspects qu’on peut remodeler, je trouve qu’on a déjà fait pas mal de chemin, et rien que pour ça, il faut prendre le temps de se féliciter. Puis de remonter nos manches et de décider que le héros de romance sexy ne se contente pas de tomber dans des facilités malsaines. Il peut être tellement plus, si on y consacre l’énergie nécessaire.

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Fleur Hana

Romantique et rebelle à la fois, elle puise dans la vie les bases de ses histoires, puis y ajoute un coup de baguette magique pour faire voyager son lectorat !

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